Mouhamadou Makhtar Cissé appartient à cette génération de hauts fonctionnaires qui ont fait de la
réforme de l'État une vocation. En plus de deux décennies au sommet de l'appareil public, des bancs
du Prytanée militaire au ministère de l'Intérieur, il aura dirigé les Douanes, redressé la Senelec,
conduit deux ministères et servi plusieurs présidents de la République.
Né le 25 décembre 1967 à Dagana, dans le nord du Sénégal, il grandit entre Pout et Saint-Louis,
élevé par l'aîné de sa famille. Admis au Prytanée militaire de Saint-Louis, il y décroche son
baccalauréat avant de rejoindre l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, où il obtient une maîtrise en
droit des affaires. Il porte un temps la robe d'avocat, puis choisit la voie de l'administration :
reçu à l'École nationale d'administration, titulaire d'un master en finances et gestion publique puis
d'un doctorat en droit et sciences politiques, il sort major du concours d'entrée à l'Inspection
générale d'État en décembre 2001.
C'est à la tête des Douanes sénégalaises, qu'il dirige de 2009 à 2013, qu'il se révèle réformateur.
Il y généralise la dématérialisation des procédures avec une nouvelle version du système GAINDÉ,
installe le guichet unique du commerce extérieur, dote l'administration d'un nouveau code des douanes
et lui bâtit un siège. Sous son autorité, le GIE GAINDÉ 2000, bras technologique de la direction,
reçoit le Prix des Nations unies pour le service public. La modernisation d'une administration
stratégique lui vaut, en 2013, d'entrer au gouvernement comme ministre du Budget, avant d'être
nommé directeur de cabinet du président de la République.
La Senelec sera son fait d'armes. Lorsqu'il en prend la direction générale en juin 2015, le pays sort
d'années de délestages : près de 900 heures de coupures en 2011. Quatre ans plus tard, elles sont
tombées à 66 heures. Cissé double les capacités de production et de transport, engage l'entreprise
dans les énergies renouvelables — centrales solaires, parc éolien de Taïba Ndiaye — et déploie le
compteur prépayé Woyofal. La part du renouvelable passe de zéro à près d'un tiers du mix électrique.
« Celui qui a sorti la Senelec des ténèbres », résume alors la presse.
Nommé ministre de l'Énergie et du Pétrole en avril 2019, il pilote le secteur à l'aube de
l'exploitation gazière et pétrolière du pays. Après un retour à l'Inspection générale d'État, il
redevient directeur de cabinet du président en octobre 2023, puis ministre de l'Intérieur en mars
2024, à charge d'organiser l'élection présidentielle. En juin 2026, il retrouve ce même ministère de
l'Intérieur et de la Sécurité publique.
Réputé travailleur de l'ombre, homme de consensus et de dossiers, Mouhamadou Makhtar Cissé a
supervisé la construction de la Grande Mosquée de Tivaouane. Chevalier de l'Ordre national du Lion et
de l'Ordre national du Mérite du Sénégal, chevalier de la Légion d'honneur française, il incarne une
certaine idée du service de l'État : discrète, méthodique et tournée vers le résultat.